Développer, dans les zones rurales, une offre de mobilité adaptée : une vraie gageure pour les autorités organisatrices de la mobilité (AOM). En Bourgogne Franche-Comté, 22% des communes ne disposent d’aucune offre de transport, selon les chiffres (2019) de l’Insee. Face à ce constat, le conseil régional a planché tout au long de l’année sur différentes mesures, parmi lesquelles une solution de covoiturage.

Par Alexandra Caccivio

Le numérique au service du covoiturage

Le principe: la collectivité rémunère les conducteurs qui partagent leur véhicule. Les covoiturés, eux, paient le même prix que s’ils prenaient le car (1,50 €). Le dispositif, lancé le 28 novembre 2019, concerne uniquement les trajets domicile-travail. Il est déployé, pour l’heure, dans trois territoires pilotes : le nord de la Côte-d’Or, la communauté de communes des portes du Haut-Doubs et la communauté de communes du Jovinien. Sur ces territoires, la région a identifié les principaux flux de déplacement, pour créer des « lignes ». Six lignes de covoiturage ont ainsi été ouvertes (Besançon-Fuans, Sens-Auxerre, Dijon-Ancy-le-Franc…).

C’est Cityway qui a été retenu pour déployer la solution baptisée « fleetme ». Cette solution s’appuie, en pratique, sur une application mobile baptisée Mobigo Covoiturage. « Pour utiliser le service, l’inscription sur l’application est obligatoire (et gratuite) », détaille Michel Neugnot, vice-président du conseil régional en charge des transports, des déplacements et de l’intermodalité. La mise en relation se fait par le biais du service de réservation mais elle autorise les prises en charge « spontanées ». La validation du trajet doit, dans tous les cas, s’effectuer par un QR Code pour permettre au conducteur d’obtenir à la fin du mois le dédommagement correspondant à ce que la région a prévu.

Un barème incitatif

Le conducteur, dans le détail, crée son profil en spécifiant son lieu de départ, sa destination, ses horaires, son calendrier. L’appli communique aux passagers potentiels les arrêts qui peuvent les intéresser. Le système, qui utilise la géolocalisation, permet aux passagers de voir les déplacements de leur conducteur en temps réel sur la carte et, partant, de connaître l’heure exacte d’arrivée à l’arrêt convenu.

Pour ce dispositif, le conseil régional a bâti un barème incitatif, quel que soit le nombre de kilomètres parcourus. Cela permet, notamment, de pourvoir à tous ces petits trajets de quelques kilomètres seulement. Le principe : le conducteur qui prend un passager est indemnisé 0,10 euro le kilomètre pour l’ensemble de son trajet. Un exemple : pour un conducteur qui parcourt 32 kilomètres aller reçoit d’emblée 3,20 euros, même s’il ne prend de passager que pour 5 kilomètres. Il reçoit, à partir du deuxième passager, un euro supplémentaire.

Des dispositifs inscrits dans la LOM

L’enjeu aujourd’hui : faire connaître l’appli auprès de entreprises et des salariés. La région a contacté les chefs d’entreprise et les services des ressources humaines, sur les territoires concernés par l’expérimentation, afin qu’ils informent leurs salariés. En appui, une campagne digitale géolocalisée et virale a été lancée sur les réseaux sociaux, en même temps que des flyers ont été déposés dans toutes les boîtes aux lettres.

La Bourgogne Franche-Comté n’est pas le seul territoire à travailler au développement du covoiturage. Les solutions, cependant, sont la plupart du temps déployées sur des territoires plus resserrés. C’est le cas dans la Drôme où c’est la  communauté de communes Porte de DrômArdèche qui a lancé, en novembre 2019, une application mobile elle aussi dédiée aux trajets domicile-travail. Il faut dire que la LOM (loi d’orientation des mobilités), adoptée en novembre 2019, encourage les collectivités à indemniser le covoiturage pour le favoriser. Elle précise que les aides financières peuvent, “lorsque le covoiturage est effectué par l’intermédiaire d’une plateforme dématérialisée”, être versées “directement ou indirectement (…) aux passagers qui effectuent un déplacement en covoiturage ou aux conducteurs qui ont proposé un trajet”.