Importé des Etats-Unis, le Black Friday semble s’être définitivement imposé en Europe. Mais certains prônent une version alternative et solidaire : le Fair Friday. Une première édition a eu lieu en…
Importé des Etats-Unis, le Black Friday semble s’être définitivement imposé en Europe. Mais certains prônent une version alternative et solidaire : le Fair Friday. Une première édition a eu lieu en Suisse la semaine dernière et a été un franc succès.
Une alternative au Black Friday
Ancré dans la culture américaine depuis plusieurs décennies, le Black Friday suit le jeudi de Thanksgiving, qui a lieu le 3e jeudi du mois de novembre. Au lendemain de ce repas traditionnel, une journée importante de soldes est organisée par beaucoup d’enseignes et de commerçants, que ce soit dans leurs magasins ou sur Internet, pendant ce fameux « vendredi noir », même si on peut préférer la traduction moins littérale mais plus pertinente de « vendredi fou ».
Arrivé en France en 2014, le phénomène n’a pris de l’ampleur que ces deux dernières années, profitant de sa proximité avec la fête de Noël pour séduire les clients. Cette année, plus de 50 millions de transactions sur cartes bancaires ont été effectuées ce vendredi 23 novembre. Un engouement qu’on retrouve au sein d’une grande partie de l’Europe. C’est dans ce contexte qu’une chaîne de librairie suisse, Payot, a décidé de créer une opération alternative, le Fair Day, dans le but de lutter contre la pauvreté.
Arrondir les prix pour une association caritative
C’est peu de dire que le Black Friday n’a pas séduit Payot Libraire. Dans son communiqué, l’enseigne déplore l’arrivée d’un phénomène américain « qui ne s’inscrit dans aucune tradition locale : c’est une simple opération mercantile, destinée à augmenter la fréquentation et les achats dans les magasins à travers des offres de rabais. » Face à ce qu’il considère comme une « incitation à l’hyperconsommation » qui serait « inadaptée à une époque où le développement durable, l’éthique et la «consommation raisonnée» constituent des priorités sociétales majeures », Payot Libraire propose de changer l’esprit de cette journée et de « sensibiliser et mobiliser les consommateurs/trices et citoyen(ne)s dans la lutte contre la pauvreté. »
Le principe est simple : le 23 et 24 novembre, les clients fréquentant leurs librairies ont eu la possibilité d’arrondir le montant de leurs achats au profit de l’association caritative Caritas. Ils étaient libres de choisir le montant de l’arrondi, qui a ensuite été reversé aux « programmes de formation et d’insertion professionnelle organisés par Caritas en faveur des personnes en situation de précarité en Suisse romande. »
Un succès qui a dépassé les espérances
L’opération organisée initialement dans les librairies Payot a finalement intéressé bien d’autres commerces, qui y ont pris part. Finalement, ce ne sont pas moins de 66 enseignes pour 123 commerces qui se sont déclarés partenaires du « Fair Friday ». Les clients ont répondu présents et ont même dépassé largement les attentes initiales : plus de 30.000 euros ont ainsi pu être récoltés pendant ces deux journées, grâce à cette simple opération et au geste solidaire des clients.
Véritable succès, l’opération sera, bien évidemment, renouvelée l’année prochaine et devrait attirer encore plus de commerces et ainsi intéresser d’autant plus les clients. Payot Libraire s’est félicité de la réussite de cette première édition et a adressé un message de remerciement « à tous les clients qui ont répondu généreusement à cette sollicitation inédite, puis aux médias, dont l’intérêt et le soutien ont permis de toucher un grand nombre de magasins partenaires en peu de temps. »
La pauvreté, un problème en France
Une telle opération va, certes, être amenée à se perpétuer en Suisse, mais devrait surtout faire des émules dans les pays voisins et notamment en France. Dans son communiqué, Payot Libraire rappelait que « plus d’un demi-million de personnes, dont 100.000 enfants, sont en situation de pauvreté » en Suisse, selon les chiffres de 2016 de l’Office fédéral de la statistique suisse. En France, la situation n’est guère meilleure : selon l’Insee, la pauvreté concernerait 8,8 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants. Des actions existent déjà mais multiplier les initiatives est un bon moyen de lutter plus efficacement contre la pauvreté.
D’autant plus que le principe de l’opération est très simple à mettre en place. En Suisse, le Fair Friday prévu par Payot Libraire a été spontanément suivi par d’autres enseignes. Espérons que pour l’édition 2019, les commerçants français répondront aussi à l’appel.