Lois sur la parité et les femmes dans les conseils d’administration, lutte contre les violences conjugales, existence d’un Secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes : on peut se dire qu’en France, les droits des femmes sont en bonne voie et que tout va pour le mieux…mais ça n’est pas le cas.

Retour sur les 5 points qui montrent que la France est encore à la traîne sur les droits des femmes.

 

1/ Olivier Duhamel

Derrière une affaire d’inceste qui a été tue pendant des années, c’est toute la culture de l’impunité sexuelle au cœur de nos lieux de pouvoir qui est apparue au grand jour ces dernières semaines lors de l’affaire Olivier Duhamel.

Car cette affaire révèle l’importance de réseaux et de liens forts dans les plus hautes sphères du pouvoir en France, qui prévalent sur les faits, les actes, la compétence, et la morale de chacun.e. Un fonctionnement qui, on le sait, disqualifie d’abord et avant tout les femmes, exclues de ces réseaux de pouvoir et de compagnonnage.

Dans un livre témoignage, « La Familia Grande », Camille Kouchner dénonce l’inceste dont son frère a été victime de la part de son beau-père, Olivier Duhamel. Très rapidement, l’inspection commandée par Frédérique Vidal met à jour l’existence de réseaux amicaux forts qui, à rebours de toute éthique ou distance professionnelle, ont au contraire contribué à dissimuler l’affaire. A Sciences Po, au moins six personnes étaient au courant des accusations d’inceste portées contre cet universitaire reconnu. L’ancien directeur général de Sciences Po – qui a tu les faits dont il avait connaissance et a dû démissionner pour cette raison il y a quelques semaines – se défend aujourd’hui en évoquant des « rumeurs ».

Mais qui accepterait de travailler et de fréquenter au quotidien une personne que la rumeur vise sur des faits aussi graves ? A quel titre des liens amicaux doivent-ils prévaloir sur ces accusations ? A quel moment réussit-on à écarter cette « rumeur », ces accusations, d’un revers de main pour les reléguer dans un coin de sa tête et poursuivre une relation professionnelle avec un collègue, comme si de rien n’était ?

Ces questions en amènent d’autres qui nous concernent toutes et tous : que faire quand on entend de telles « rumeurs » ? A qui doit-on en parler ? Comment réagir ? Comment respecter la présomption d’innocence tout en protégeant toutes celles et ceux qui pourront par la suite être victime de ces agissements s’ils sont avérés ?

Aujourd’hui, nous sommes nombreuses et nombreux à ne pas avoir ces réponses. Mais nous devons les trouver collectivement pour que dénoncer ces abus devienne possible et soit même l’évidence.

 

2/ Pauline Rapilly-Ferniot

Il faut avoir vu cette vidéo pour comprendre la violence que vivent les femmes en politique au jour le jour.

Pauline Rapilly-Ferniot, élue d’opposition à Boulogne-Billancourt, prend la parole en conseil municipal pour évoquer les contradictions de l’équipe majoritaire : alors que le maire s’affiche dans la lutte contre le sexisme, certains de ses adjoints font des remarques à l’élue sur son physique.

Mais l’intervention de l’élue d’opposition n’est pas du goût du maire : lorsqu’elle commence à évoquer le sujet, il l’interrompt à plusieurs reprises et la menace de couper son micro, ce qu’il finit par faire. La raison qu’il invoque : elle allait « pointer du doigt », donner des noms, énumérer des coupables …Un procès d’intention mal placé alors que l’élue a annoncé ne vouloir donner aucun nom et a été coupée avant de pouvoir poursuivre.

Mais la séance a été filmée. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux, révélant, une fois n’est pas coutume, la violence quotidienne invisible à laquelle les femmes élues sont exposées dans leurs fonctions.

Et révoltant au passage toutes les femmes à qui il est déjà arrivée d’être réduite au silence de façon aussi violente : par son chef au bureau, des collègues, voire des proches ou même son conjoint, comme c’est le cas lorsque des violences psychologiques s’exercent au sein du couple.

Aurait-on coupé de la même manière le micro à un homme ? Sur ces sujets, rien n’est jamais prouvé. Mais nous attendons encore de voir la vidéo qui le montre.

 

3/ Roman Polanski

C’est un fait : en 2021, on dissocie toujours l’homme de l’artiste.

Roman Polanski a été accusé de viol par une douzaine de femmes sur l’ensemble de sa carrière – la dernière accusation datant d’il y a 2 ans. Il n’est d’ailleurs toujours pas libre de retourner aux Etats-Unis, où ses demandes pour clôturer son dossier ont été rejetées par les juges et où il pourrait être arrêté et emprisonné.

Mais en France, cela ne l’empêche toujours pas de faire partie de l’Assemblée Générale des Césars – alors qu’il pourrait en être exclu, ni de recevoir de cette même assemblée les plus hautes distinctions du cinéma français.

Certains commentateurs s’interrogent cependant : pourquoi faudrait-il absolument assimiler l’homme à l’artiste ? Si ses films sont bons, pourquoi y mêler des affaires privées – qui le plus souvent tombent sous le coup de la prescription ?

C’est une femme, Blanche Gardin, humoriste cette fois, qu’il faut remercier pour ce parallèle très clair qui résume bien notre pensée :

‘il faut savoir séparer l’homme de l’artiste…et c’est bizarre d’ailleurs parce que cette indulgence s’applique seulement aux artistes. Parce que on ne dit pas par exemple d’un boulanger « Oui, d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon il fait une baguette extraordinaire ».

Et si, la prochaine fois, on trouvait des artistes respectueux – et respectueuses ! à récompenser ?

 

4/ Gérald Darmanin

Bienvenue dans le seul pays d’Europe où l’on peut être accusé de viol et d’abus de faiblesse ET être Ministre de l’Intérieur.

Sans même parler des Etats-Unis, où un soupçon d’adultère disqualifie immédiatement tout candidat à un poste politique.

Sur cette nomination, on a tout dit et tout entendu : « Elle a porté plainte le jour où il est devenu Ministre », « il n’a pas été condamné », « c’est de la calomnie », « il faut respecter la présomption d’innocence »…

En effet, notre Ministre de l’Intérieur n’a pas été condamné. Il est pour l’instant placé sous le « seul » statut de témoin assisté et aucune conclusion de l’enquête n’a été rendue.

Mais il ne faut pas se voiler la face : avoir un Ministre de l’Intérieur interrogé par les juges régulièrement alors qu’il doit lui-même défendre la parole des femmes – qui portent plainte dans les commissariats gérés par son Ministère, desservira toujours la cause des droits des femmes. C’est d’ailleurs ce qu’on relevé plus d’une cinquantaine d’intellectuelles de tous les pays du monde, dont une prix Nobel de la paix et une prix Nobel de littérature, lors de sa nomination.

A une époque où seules 10% des victimes portent plainte, et où même des hommes accusés par des dizaines de femmes semblent s’en sortir assez bien pendant des décennies (cf l’affaire Weinstein outre-Atlantique), le signal n’est pas le bon pour les droits des femmes.

Dans le respect plein et entier de la présomption d’innocence, on a du mal à croire que le Premier Ministre n’ait trouvé personne d’autre pour ce poste. Ni qu’aucune femme ne soit suffisamment compétente pour être nommée à la place de Gérald Darmanin.

 

5/ Marine Le Pen

Et voici la cerise sur le gâteau des droits des femmes en France : la seule femme qui peut aujourd’hui prétendre à être présente au deuxième tour de l’élection présidentielle lutte discrètement mais activement contre les droits des femmes.

Depuis son élection au Parlement européen, Marine Le Pen a voté contre toutes les résolutions favorables aux droits des femmes. En 2016, elle a voté contre la résolution sur l’Égalité des genres et l’émancipation des femmes à l’ère du numérique. En 2016 également, elle a voté contre la résolution sur les facteurs externes faisant obstacle à l’entrepreneuriat féminin européen. En 2019, elle a voté contre la résolution sur les carrières scientifiques et universitaires des femmes et les plafonds de verre.

A l’Assemblée Nationale, son groupe vote systématiquement contre les lois pour l’égalité entre les femmes et les hommes et contre la facilitation de l’accès à l’IVG.

Sur ce dernier terrain, consciente d’être en terrain miné dans un pays qui porte Simone Veil aux nues, la Présidente du Rassemblement National a fait évoluer sa position pour la rapprocher de l’acceptabilité sociétale. Mais si aujourd’hui elle pointe les « dérives et les abus », si elle dénonce l’utilisation de l’avortement comme « moyen de contraception » et évoque à mots couverts une restriction du remboursement à l’avortement, elle parlait bien en 2012 « d’avortements de confort », une ligne similaire à celle de sa nièce Marion Maréchal qui a pour but de ménager son électorat plus traditionnaliste…au détriment des femmes.

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Notre société change et plus que jamais nous entendons parler des droits des femmes, des violences conjugales, et de l’égalité dès les plus jeunes âges de la vie.

Mais nos habitudes à toutes et à tous sont bien ancrées et nous nous disons parfois, en voyant des femmes dénoncer le sexisme, qu’elles devraient faire « avec » et qu’il est arrivé à un niveau tout à fait acceptable au regard de ce que d’autres ont vécu. Pourtant, où placer la limite entre ce qu’il faut dénoncer et ce que l’on accepte ?

Des femmes que nous ne connaissons pas se sont battues pour défendre nos droits. C’est grâce à elles que nous pouvons voter, être élues, parler dans les assemblées municipales et nationales. A leur image, il nous revient aujourd’hui de défendre les droits de femmes que nous ne connaitrons pas. Car c’est seulement ensemble que nous serons plus fortes.