Pourquoi les femmes restent minoritaires à la tête des intercommunalités ?
En 2026, 14,6 % des intercommunalités sont présidées par des femmes. Le chiffre marque une progression : 7 % en 2014 et 11,7 % en 2020 mais il reste modeste au regard du poids stratégique qu’occupent les Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) dans la gestion quotidienne de nos territoires.
Mobilités, développement économique, transition écologique, urbanisme, eau ou encore gestion des déchets : les intercommunalités concentrent aujourd’hui une part importante des décisions au niveau local. Pourtant, leur gouvernance demeure majoritairement masculine.
Cette situation interroge moins la place des femmes dans la vie publique que les mécanismes d’accès aux fonctions exécutives.
La réforme de 2025 n’a pas transformé les exécutifs des EPCI
L’extension du scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1.000 habitants, entrée en vigueur avec la loi du 21 mai 2025, a permis une féminisation plus importante des conseils municipaux. Mais cette évolution ne s’est pas traduite mécaniquement dans les exécutifs intercommunaux.
La raison tient en grande partie au fonctionnement institutionnel des EPCI. Dans de nombreuses petites communes, un seul siège est attribué au conseil communautaire, et celui-ci revient généralement au maire. Or, les femmes représentent encore environ 23 % des maires en France. Cette réalité se répercute directement dans la composition des assemblées intercommunales et, par conséquent, dans l’accès aux présidences.
Autrement dit, la progression de la parité à l’échelle municipale ne suffit pas encore à transformer les équilibres de pouvoir intercommunaux.
Présidence des EPCI : un pouvoir encore largement concentré entre les maires
Les élections intercommunales de 2026 montrent également une forte stabilité des profils accédant aux présidences. Même lorsque les personnes changent, les parcours restent souvent similaires à ceux observés lors du précédent mandat.
Dans près de 9 cas sur 10, les présidents d’intercommunalité sont également maires de leur commune. L’accès à ces fonctions reste donc fortement lié à la fonction de maire, ce qui tend à favoriser les profils déjà installés et avec des réseaux politiques sur lesquels s’appuyer.
Cette logique est encore plus visible dans les grandes structures intercommunales. Plus l’EPCI dispose de compétences stratégiques et de moyens financiers importants, plus la présidence revient fréquemment au maire de la ville-centre, notamment au niveau des métropoles et communautés urbaines.
Parité dans les intercommunalités : des écarts très marqués selon les territoires
La progression des femmes à la tête des intercommunalités reste également très inégale selon les régions. La Normandie ou la Bretagne présentent ainsi des taux de présidentes plus élevés que la moyenne nationale, alors que d’autres régions, comme le Grand Est ou la Corse, restent nettement en retrait. 23 départements ne comptent aucune présidente d’EPCI.
Ces écarts montrent que les dynamiques locales, les habitudes politiques territoriales et les réseaux d’élus jouent encore un rôle important dans l’accès des femmes aux responsabilités exécutives.
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40 % de femmes dans les conseils communautaires… mais des exécutifs encore très masculins
Le contraste est frappant : les femmes représentent aujourd’hui environ 40 % des conseillers communautaires. Leur présence dans les assemblées intercommunales n’est donc plus marginale. Pourtant, à mesure que l’on monte dans les niveaux de responsabilité, leur représentation diminue fortement.
Dans certains EPCI, les femmes sont peu nombreuses parmi les vice-présidents ; il arrive même que certains bureaux exécutifs soient composés presque exclusivement d’hommes. Cette situation s’explique en partie par le mode de désignation des exécutifs intercommunaux. Contrairement aux exécutifs municipaux soumis à des règles de parité, les vice-présidences des EPCI sont élues au scrutin uninominal, sans obligation d’équilibre entre les femmes et les hommes. Les accords politiques locaux, les logiques d’ancienneté ou encore les équilibres territoriaux continuent donc de structurer fortement l’accès aux responsabilités.
Le paradoxe est ainsi particulièrement visible dans les intercommunalités : plus les fonctions deviennent stratégiques – finances, développement économique, aménagement, mobilités – plus la présence des femmes tend à diminuer.
Cette réalité met en lumière un enjeu plus large : celui du renouvellement des profils dirigeants dans les collectivités locales et des conditions d’accès aux responsabilités exécutives. À l’inverse, certaines intercommunalités montrent qu’une autre dynamique est possible lorsque les présidences et les groupes majoritaires font de la diversité des profils une véritable orientation de gouvernance.
Mandat 2026-2032 : une période clé pour préparer davantage de femmes aux responsabilités intercommunales
Le prochain grand renouvellement intercommunal n’interviendra qu’en 2032, voire 2033. Cette échéance peut sembler lointaine, mais c’est précisément ce qui rend le mandat qui s’ouvre déterminant.
Les présidences d’intercommunalité reposent souvent sur des trajectoires longues : expérience municipale, visibilité territoriale, réseaux d’élus, maîtrise des grands dossiers communautaires. Autant d’éléments qui se construisent progressivement au fil d’un mandat.
Les six années à venir constituent donc une période clé pour faire émerger de nouveaux profils et permettre à davantage de femmes d’accéder aux fonctions exécutives locales. Cela suppose notamment :
- un accès renforcé aux délégations stratégiques ;
- une présence plus importante dans les bureaux exécutifs ;
- un accompagnement des élues souhaitant briguer une mairie en 2032 ;
- mais aussi une réflexion plus large sur les pratiques de gouvernance et les mécanismes de désignation au sein des intercommunalités.
Car si les chiffres montrent une progression réelle depuis dix ans, ils rappellent également que les évolutions restent lentes lorsqu’elles reposent uniquement sur des dynamiques spontanées.
Le mandat 2026-2032 sera donc moins celui d’un basculement immédiat que celui de la préparation : préparer des parcours, créer des conditions de légitimité, élargir les réseaux et permettre à une nouvelle génération d’élues de prendre pleinement sa place dans la gouvernance intercommunale lors du prochain cycle électoral.
Vers une évolution législative sur la parité dans les exécutifs intercommunaux ?
Mais cette évolution posera aussi, de plus en plus clairement, la question du cadre législatif lui-même. L’intercommunalité exerce aujourd’hui des compétences structurantes pour la vie des territoires, tout en restant l’un des derniers espaces du pouvoir où aucune règle de parité ne s’impose réellement aux exécutifs.
À mesure que les EPCI gagnent en poids politique et budgétaire, le débat sur la représentation équilibrée des femmes et des hommes dans leurs gouvernances semble appelé à prendre une place croissante dans les prochaines années. Parité dans les bureaux exécutifs, équilibre dans les vice-présidences stratégiques, nouvelles règles de désignation : plusieurs pistes pourraient progressivement s’inviter dans le débat public et parlementaire.
L’enjeu dépasse désormais la seule question de la représentation. Il touche à la manière dont les territoires organisent leur gouvernance, renouvellent leurs profils dirigeants et construisent la légitimité démocratique des lieux où se prennent, aujourd’hui, une part essentielle des décisions.
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