La prévention du suicide est aussi un enjeu local. Découvrez 7 leviers concrets pour permettre aux communes de mieux informer, prévenir, orienter et agir.

Le 10 septembre marque la Journée mondiale de prévention du suicide. Tout au long du mois, la mobilisation « Septembre jaune » invite à mieux faire connaître les ressources d’aide et à libérer la parole. Pour les collectivités, cette mobilisation peut être l’occasion de s’interroger plus largement : comment agir, à l’échelle locale, pour prévenir les situations de détresse et mieux accompagner les habitants ?

 

En France, 8.848 personnes sont décédées par suicide en 2023, soit un taux standardisé de 13 décès pour 100.000 habitants. En 2024, 97.302 hospitalisations pour geste auto-infligé ont été recensées, en hausse de 7 % par rapport à 2023. Ces hospitalisations comprennent les tentatives de suicide et les automutilations. Les jeunes filles et jeunes femmes de 11 à 24 ans présentent notamment des taux d’hospitalisation particulièrement élevés.

 

Le Baromètre de Santé publique France 2024 montre par ailleurs que 5,2 % des 18-79 ans déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Les femmes, les jeunes adultes, les personnes précaires ou isolées sont particulièrement concernées.

Ces chiffres rappellent que la prévention du suicide est aussi un enjeu de proximité.

Une commune ne peut évidemment pas se substituer aux professionnels de santé. En revanche, elle peut contribuer à créer un environnement dans lequel les personnes en difficulté sont mieux orientées, où les ressources sont connues et où les acteurs du territoire travaillent davantage ensemble. 

Voici 7 leviers concrets pour agir.

 

🟡 Faire connaître le 3114 dans toute la commune

C’est probablement le premier réflexe à adopter. Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Gratuit et confidentiel, il est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 partout en France. Des professionnels spécifiquement formés assurent des missions d’écoute, d’évaluation, d’orientation et d’intervention. Le service s’adresse aux personnes ayant des pensées suicidaires, mais aussi à leur entourage.

 

Comment agir ?

Le numéro peut être relayé 

  • dans le magazine municipal ;
  • sur le site internet et les réseaux sociaux de la commune ;
  • sur les panneaux d’information ;
  • dans les accueils de la mairie et du CCAS ;
  • dans les médiathèques, équipements sportifs et maisons de quartier ;
  • dans les structures accueillant des jeunes ;
  • dans les supports d’information destinés aux habitants.

 

Le 3114 met à disposition des élus locaux des ressources dédiées pour les aider à communiquer sur la prévention du suicide. L’enjeu est de faire connaître le 3114 avant qu’une situation de crise ne survienne.

💡  Le bon réflexe : privilégier une information simple, visible et permanente plutôt qu’une communication limitée au mois de septembre.

 

💬 Sensibiliser les élus et les agents au repérage

Dans une commune, les premiers signes de fragilité peuvent être observés par des personnes qui ne sont pas des professionnels de santé : agent d’accueil, travailleur social, animateur, policier municipal, responsable associatif ou élu de proximité. L’objectif n’est évidemment pas de leur demander de poser un diagnostic. Il s’agit plutôt de leur permettre de repérer une situation préoccupante, d’oser ouvrir le dialogue et de savoir vers qui orienter la personne.

Comment agir ?

Une collectivité peut notamment se rapprocher :

  • de son Agence régionale de santé (ARS) ;
  • de son Contrat local de santé (CLS) ;
  • de son Conseil local de santé mentale (CLSM) lorsqu’il existe ;
  • de son centre hospitalier ;
  • de professionnels et associations spécialisés.

💡 Le bon réflexe : commencer par les agents qui sont régulièrement au contact du public et par les élus qui interviennent dans les domaines sociaux, éducatifs ou de proximité.

 

🤝 Faire de la lutte contre l’isolement un axe de votre politique

La prévention du suicide ne commence pas uniquement lorsqu’une crise apparaît. Les difficultés sociales, la précarité, l’isolement ou les ruptures de parcours de vie peuvent contribuer à fragiliser certaines personnes. Les dernières données de Santé publique France montrent notamment que les personnes précaires ou isolées sont davantage concernées par les pensées et conduites suicidaires.

Quelques pistes à explorer 

  • développer les actions du CCAS contre l’isolement ;
  • soutenir les associations locales créatrices de lien social ;
  • proposer des activités intergénérationnelles ;
  • faciliter l’accès aux activités sportives et culturelles ;
  • porter une attention particulière aux personnes âgées isolées ;
  • développer les actions à destination des jeunes ;
  • favoriser les coopérations entre CCAS, professionnels de santé et associations.

💡 Le bon réflexe : penser la santé mentale dans les politiques de solidarité, de jeunesse, de sport, de culture et de prévention de l’isolement.

 

💛 Profiter de Septembre jaune pour ouvrir la discussion

Le 10 septembre est la Journée mondiale de prévention du suicide, organisée par l’Association internationale pour la prévention du suicide (IASP) avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé.

L’OMS appelle notamment à remettre en question les idées reçues, à réduire la stigmatisation et à favoriser des conversations ouvertes et bienveillantes. Elle souligne également l’importance de faire de la prévention du suicide et de la santé mentale des priorités de politique publique.

Une commune peut profiter de cette période pour :

  • organiser une conférence ou une rencontre avec des professionnels ;
  • proposer un stand d’information lors d’un événement municipal ;
  • organiser une action sportive ou culturelle ;
  • diffuser les ressources du 3114 ;
  • sensibiliser les agents municipaux ;
  • relayer une campagne nationale sur ses supports de communication.

💡 Le bon réflexe : utiliser septembre comme un point de départ pour inscrire durablement le sujet dans les politiques locales.

 

🧭 Anticiper l’accompagnement après un suicide ou une tentative

Lorsqu’un suicide ou une tentative survient dans une commune, les conséquences peuvent toucher bien au-delà de la personne concernée : famille, proches, collègues, agents municipaux, élèves, associations ou habitants.

Les personnes directement ou indirectement exposées à un événement suicidaire peuvent elles-mêmes être davantage vulnérables. C’est pourquoi l’accompagnement après un événement — appelé postvention — constitue un volet important de la prévention.

Comment la collectivité peut anticiper ?

  • Quels interlocuteurs contacter ?
  • Comment accompagner les agents directement concernés ?
  • Comment orienter les proches vers les professionnels compétents ?
  • Qui prend la parole au nom de la collectivité ?
  • Comment informer sans contribuer à la diffusion de contenus à risque ?
  • Quels partenaires peuvent être mobilisés rapidement ?

💡 Le bon réflexe : identifier à l’avance les professionnels et structures susceptibles d’intervenir plutôt que d’improviser dans l’urgence.

 

🚧 Identifier et sécuriser les lieux présentant un risque particulier

Certaines collectivités sont confrontées à des suicides ou tentatives récurrents sur un même site : un pont, une falaise, un bâtiment ou un autre lieu particulièrement exposé. Ces lieux sont parfois qualifiés de « hotspots » suicidaires.

Le programme Papageno propose des ressources spécifiques aux gestionnaires de ces lieux et travaille notamment sur les mesures permettant de réduire l’accès aux moyens ou aux lieux à risque.


Comment agir ?

  • identifier le lieu avec les acteurs compétents ;
  • ne pas attendre la répétition des événements pour agir ;
  • solliciter les professionnels spécialisés ;
  • étudier les mesures de sécurisation possibles ;
  • coordonner la collectivité avec les services de secours, les forces de sécurité et les acteurs sanitaires.

💡 Le bon réflexe : ne pas gérer seule une situation de « hotspot ». La sécurisation doit être pensée avec des professionnels et s’appuyer sur des recommandations éprouvées.

 

📣 Communiquer sur le suicide avec responsabilité

Une collectivité dispose aujourd’hui de nombreux moyens pour informer ses habitants : magazine municipal, site internet, Facebook, Instagram, panneaux lumineux… Mais lorsqu’il est question de suicide, la manière de communiquer est particulièrement importante.

Le programme Papageno travaille précisément sur les bonnes pratiques de communication et de prévention de la contagion suicidaire.

Quelques principes simples peuvent vous guider

  • éviter les formulations sensationnalistes ;
  • ne pas détailler la méthode utilisée ;
  • ne pas présenter le suicide comme une solution ou une conséquence inévitable ;
  • éviter les images illustrant le geste ou un lieu de suicide ;
  • privilégier les messages d’espoir, d’entraide et de recours à l’aide ;
  • rappeler les ressources disponibles, notamment le 3114.

💡 Le bon réflexe : en cas d’événement sur le territoire, solliciter des professionnels avant de communiquer publiquement.

 

🌿 Une politique locale qui se construit dans la durée

La prévention du suicide ne repose pas uniquement sur les professionnels de santé. Elle touche aussi aux politiques de solidarité, à la lutte contre l’isolement, à la jeunesse, au sport, à la culture, à la prévention des violences, à l’accès aux services publics et à la qualité du lien social.

Les collectivités peuvent donc agir, sans se substituer au système de soins : Faire connaître le 3114. Sensibiliser les agents. Repérer l’isolement. Soutenir le lien social. Préparer la réponse en cas d’événement grave. Travailler avec les acteurs de santé du territoire.

Ces actions peuvent s’inscrire dans une démarche plus large, notamment à travers un Contrat local de santé (CLS), un Conseil local de santé mentale (CLSM) ou un Projet territorial de santé mentale (PTSM), en lien avec l’ARS, les établissements de santé, les professionnels et les associations.

 

Septembre jaune : un point de départ

Le dispositif national de prévention du suicide s’est progressivement structuré autour du 3114 et d’autres dispositifs spécialisés. Entre juin et décembre 2024, le 3114 a reçu 215.093 appels. En 2024, 41.777 personnes sont également entrées dans son dispositif de recontact et de veille.

Parce qu’une politique locale de santé mentale peut aussi commencer par une commune qui rend une ressource visible, forme ses équipes, renforce le lien social ou décide de ne pas rester silencieuse face à la souffrance psychique.

 

📞 Un numéro à connaître : le 3114

3114 – Numéro national de prévention du suicide

Gratuit et confidentiel, 24h/24 et 7j/7.

Le 3114 s’adresse aux personnes en souffrance, à leur entourage et aux professionnels qui s’interrogent sur une situation.

 

👉 Découvrir le 3114 et les ressources pour les élus locaux

 

En cas d’urgence immédiate ou de danger imminent : appelez le 15 ou le 112.